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Romans de Anaïs La Porte

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Jacques Crozon, premier adjoint au maire de la commune de Marsal, mourut un dimanche de mai. Dans le calme de cette fin de journée, les hurlements de la sirène d’ambulance se répercutèrent sur les murs en pierre sèche qui ceinturaient sa maison, éveillant l’intérêt de ses voisins.

Le corps fut emporté à l’hôpital de Metz, mais il était déjà trop tard. Le lendemain, le Républicain Lorrain annonçait le décès, et présentait ses condoléances à Marie Crozon. Les élus du secteur téléphonèrent aussi, et les Marsalais eurent tous un regard de compassion pour la veuve lorsqu’elle rentra chez elle le lundi. Rien que de très ordinaire dans ce genre de situation.

Le mardi, l’inhabituel commença. Le médecin ayant prononcé l’heure du décès trouvait cette mort étrange et avait provoqué une enquête. Ce soir-là, le café de Jean Dubois, lieu de rencontre préféré du village, fit de très bonnes affaires. Tout le monde s’était précipité pour essayer d’en savoir plus – il était de notoriété publique que Jean était au courant de tout.

Il leur confirma ce qu’ils savaient déjà : une mort non naturelle. Mais il hochait la tête d’un air sagace, laissant entendre qu’il avait d’autres renseignements de premier choix. On le supplia d’en dire plus, et il se rengorgea, savourant l’instant. Quand il sentit que son public n’y tenait plus, il lâcha l’information : c’était un empoisonnement.

— Avec quoi ? demanda le premier Marsalais à reprendre ses esprits.

— Comment ça, avec quoi ? s’écria Jean pour cacher son ignorance.

Le silence se fit. On attendait le complément d’information que Jean ne pouvait manquer de fournir. Il soupira, marmonnant au hasard quelques noms de poison. Cyanure, sarin, curare… Il vit à l’expression incrédule de ceux qui l’entouraient qu’il était allé trop loin dans l’exotisme, et il se tut. La soirée se prolongea fort avant, et laissa les Marsalais tout émoustillés à l’idée des jours à venir.

***

Le lendemain fut à la hauteur des attentes des villageois : la gendarmerie vint rendre visite à Mme Crozon. La voiture bleue déchargea un brigadier à l’air fatigué et – surprise ! – une gendarmette qui compensait sa jeunesse par un air revêche.

Le brigadier, un Vicois pur jus du nom de Roger Rémillon, commença à interroger Marie Crozon sur le déroulement de la journée de dimanche. Pendant ce temps, sa collègue, une certaine Louise Nuzier, faisait une rapide inspection de la maison. L’autopsie n’était pas terminée, mais les symptômes laissaient peu de doute sur la cause du décès : ingestion d’arsenic.

L’interrogatoire de Marie ne donna pas grand-chose. Le dimanche avait été marqué par la fête des associations, auxquelles Jacques prenait une part active. Il avait bien mangé, profitant du barbecue organisé par la mairie, mais c’était le seul à être mort ce jour-là. L’arsenic ne se trouvait donc pas caché dans les saucisses. De là à croire qu’un Marsalais mal intentionné lui aurait glissé une pincée d’arsenic dans sa chope de bière… Le soir, toute la maisonnée avait avalé la même soupe de légumes et aucun des enfants ni Marie n’avaient eu le moindre problème.

Le brigadier hocha la tête. Monsieur Crozon ne prenait-il jamais de café ni de digestif ? Marie lui avait préparé un expresso avec leur machine à capsules, et Jacques s’accordait un petit verre de whisky les dimanches soirs. Le brigadier ramassa les capsules restées dans le placard ainsi que la machine, et voulut faire de même avec le whisky. Il ouvrit de grands yeux devant la réserve de Jacques Crozon. Les bouteilles s’alignaient en rangées impeccables dans le meuble en merisier : whisky haut de gamme, de toutes les grandes marques connues ou inconnues du brigadier ; whisky acheté en distillerie lors d’un rapide séjour en Écosse ; et même des whiskys bretons et japonais.

— Euh… de quelle bouteille s’est-il servi dimanche soir ?

Marie haussa les épaules. Comment l’aurait-elle su ? Par mesure de précaution, le brigadier prit toute la réserve d’alcool, puis il appela Louise.

— T’as trouvé quelque chose dans la salle de bains ?

— Non… On embarque tout ça ?!

Le brigadier fronça les sourcils. La jeune génération l’agaçait profondément, avec sa manie de tout remettre en question. Et cette petite Louise, c’était une bonne gendarme, rien à dire, mais elle n’était pas du coin. Elle ne pouvait pas vraiment comprendre.

***

L’expertise légale avait confirmé l’empoisonnement à l’arsenic. Ce qu’on ignorait, c’était le mode d’administration. Café, whisky, saucisse ? Le jeudi matin, le commandant provoqua une réunion à la gendarmerie pour en discuter avec les chargés de l’enquête. Il fallait donner du grain à moudre au procureur, et vite.

— Faisons le point sur ce que vous avez appris hier, dit le commandant. Jacques Crozon a mangé à la fête du village…

— La fête des associations, précisa le brigadier. Saucisses grillées et pain du boulanger de Vic.

— Pas de cas de vomissements ou de diarrhées chez les autres convives ?

— Aucun. Sauf un gamin, mais c’était une simple indigestion.

— Bon. Et le soir, Crozon n’a rien mangé d’autre que la soupe familiale ?

— Non. Mais il a bu un café et un whisky. On a ramassé tout ça pour l’équipe scientifique, ajouta fièrement le brigadier.

Il avait l’impression d’être dans un épisode des Experts, ce qui lui arrivait rarement, pour ne pas dire jamais. Le Saulnois n’était pas très prodigue en meurtres par empoisonnement. Plutôt des règlements de compte entre époux, des accidents de matériel agricole.

— Qu’en est-il des mobiles ? demanda le commandant.

Apparemment, le brigadier n’était pas le seul à se rejouer une série policière dans sa tête.

— Les plus fréquents : argent et amour, énuméra le commandant. Monsieur Crozon a travaillé dans les assurances, n’est-ce pas ? Récemment retraité, mais il semblait avoir du bien. Je l’ai vu passer le mois dernier en Maserati… La femme hérite ?

— Oui, intervint Louise. Mais elle a l’air effondré.

— Un air, ce n’est pas un alibi, fit le commandant sur un ton grave. Une meurtrière peut être une bonne comédienne, vous savez. Quoi d’autre ?

— Euh…

— Une maîtresse ? Sa femme l’aurait appris et… Dans ce cas, l’amour peut être le mobile, mais l’argent aussi : c’est devenu si facile de divorcer, de nos jours. Une brave femme qui a trimé pour élever les enfants peut voir rouge si elle sent le pactole s’éloigner…

Louise se tourna vers la cafetière, faisant mine de se resservir pour masquer son agacement devant cette avalanche de clichés.

— Vous avez l’air remonté contre Marie Crozon, mon commandant, dit le brigadier.

— Les meurtres de ce type sont souvent révélateurs de problèmes intimes.

Louise se rassit, ne cachant plus son air dubitatif. On n’était pas dans un polar, ni à la télé. Elle avait l’impression que ses collègues ne se basaient que sur leur expérience de la fiction policière. Sans doute n’y avait-il pas assez souvent de meurtres dans le Saulnois pour se faire la main…

— Et une vengeance ? suggéra-t-elle Dans le monde associatif, tout n’est pas toujours tout rose…Pareil pour un conseil municipal.

Le commandant haussa les épaules, guère impressionné. Le brigadier Rémillon eut pitié de la petite jeune et intervint charitablement.

— Mon commandant, elle a raison, il ne faut rien laisser au hasard.

Le commandant hocha la tête d’un air absent. Cette histoire de meurtre ne lui plaisait pas. Il tenait là un cadeau empoisonné, c’était le cas de le dire : ou bien ses services allaient se distinguer par leur efficacité, ou bien, plus probablement, il serait pointé du doigt pour avoir laissé filer un assassin.

— Rémillon, vous déterrez tout ce que vous pouvez sur la femme. Nuzier, faites votre enquête sur les autres aspects de la vie de Monsieur Crozon. Vous avez raison, ça ne peut pas faire de mal.

***

Après deux semaines d’enquête, Louise Nuzier en avait assez de Marsal. Le village était très joli, mais chaque personne qu’elle y avait interrogée avait voulu savoir d’où elle venait. Pas du Saulnois, évidemment, disaient-ils. Comment pouvaient-ils donc en être si sûrs ? Ou alors, on lui racontait pour la énième fois l’histoire du village : le sel, les fortifications Vauban. Et toujours, toujours, il fallait aller voir les ruines gallo-romaines.

— Je les ai déjà vues, merci ! s’empressait-elle de répondre.

Pourtant, ces discussions avaient du bon. Autant le brigadier avait fait chou blanc jusqu’ici avec la femme de Crozon, autant Louise avait pu en apprendre de belles sur le défunt.

Elle remercia Marie-Thérèse Lhuillier pour le café et les petits sablés, et se leva pour se rendre à sa réunion au commissariat. Sa nouvelle meilleure amie marsalaise, une vieille dame aux cheveux neigeux et au visage tout ridé d’avoir trop souri, ramassa les exquises tasses en porcelaine fine : elle en faisait la collection depuis toujours.

— Vous me tiendrez au courant, n’est-ce pas ? demanda-t-elle de sa voix chevrotante.

Comme tous les Marsalais, elle se passionnait pour cette histoire de meurtre, mais Louise lui trouvait des excuses. À la différence des autres villageois, elle n’avait plus grand-chose à faire de ses journées, et elle devait bien s’occuper l’esprit. De plus, elle connaissait chaque villageois depuis sa plus tendre enfance, ou en tout cas depuis son arrivée à Marsal.

— Alors, dit le commandant, une fois que le brigadier Rémillon lui eut déroulé son enquête infructueuse, vous avez mieux à me proposer, ma petite Louise ?

— Mon commandant, j’ai appris qu’il y avait pas mal de tensions dans le village. En particulier entre Crozon et la majeure partie du conseil municipal. Et le président du conseil de fabrique ne le portait pas non plus dans son cœur.

Louise s’interrompit, quêtant une parcelle d’intérêt de la part de son chef. Mais le commandant tournait sa cuillère dans sa tasse à café d’un air morose. L’affaire Marsal commençait à l’ennuyer profondément.

— Mon commandant ?

— Oui, allez-y, dites-nous de quoi il s’agit.

— Monsieur Crozon soutenait un projet de vente d’un bien patrimonial à une société de production de concerts.

— Quelqu’un voulait faire une salle de spectacle à Marsal ?

Quelle drôle d’idée, se dit le commandant en son for intérieur.

— Oui. Mais pas n’importe où… Dans l’église.

— Comment ?

À la grande satisfaction de Louise, le commandant en oublia son café, et écouta avec attention ses explications. Point d’orgue tentait de racheter plusieurs églises du secteur pour les transformer en salles de spectacle. Il y en avait pour plusieurs millions d’euros, entre l’acquisition et les travaux, mais ce concept faisait fureur dans les campagnes anglaises, et un promoteur avait eu l’idée d’en faire autant en France. Il avait commencé en Alsace, et il passait maintenant au Saulnois. Point d’orgue avait déjà réussi à mettre la main sur l’abbaye d’Oriocourt, pour y faire des chambres d’hôte de luxe ainsi qu’une grande salle de fêtes pour accueillir séminaires, mariages, ou spectacles en tous genres. Une idée révolutionnaire, mais après tout, les chorales organisaient bien des concerts dans les églises.

— Quel est le lien avec Crozon ?

— C’était le plus fervent défenseur du projet.

— Tiens donc !

— Le président du conseil de fabrique est très remonté contre lui. Je l’ai interrogé. Il m’a expliqué que la Collégiale Saint-Léger était un monument religieux exceptionnel, et qu’il était hors de question de le céder.

— Alors pourquoi faire tant d’histoires ?

Point d’orgue est géré par un type malin. Il s’est intéressé à l’église de Marsal parce qu’il sait que la Commune a des problèmes d’argent. C’est la seule façon pour eux de renflouer les caisses. Apparemment, ils ont utilisé le même procédé partout où ils se sont implantés auparavant.

Le commandant fronça les sourcils.

— Alors c’est ça, l’idée ? Le président du conseil de fabrique…

— Ou le second adjoint, fervent catholique. Ça chauffait pendant les conseils municipaux.

— Oui mais était-ce une raison valable pour empoisonner Crozon ? À l’arsenic en plus…

— Justement…

— Quoi ?

— J’ai poussé l’enquête un peu plus loin.

Louise avait été fureter du côté de l’exploitation agricole de Laurent Jacquemain, le second adjoint. Elle était tombée sur son employé, un grand bonhomme pas très dégourdi qui lui avait expliqué qu’il devrait bientôt faire le ménage par le vide dans l’entrepôt. Il y avait là des vieux pesticides, de plusieurs dizaines d’années, dont une relique d’avant-guerre contenant de l’arsenic.

— C’est ça votre idée ?

Louise hocha la tête. Le commandant frotta sa barbe de cinq jours d’un air pensif. Après tout, pourquoi pas ? Au moins, la solution de Louise avait le mérite de répondre au « pourquoi ? » et au « comment ? » du meurtre. Mais le « quand ? », lui, restait mystérieux.

***

Louise n’avait jamais connu un mois de juin aussi pluvieux. Elle jeta un coup d’œil dépité à ses godillots pleins de boue, tout en se hâtant d’entrer dans la maison de Marie-Thérèse. Cette dernière l’attendait avec le thé et les petits gâteaux de rigueur.

Précautionneusement, Louise enleva ses chaussures boueuses dans l’entrée puis longea le couloir à la suite de Marie-Thérèse. Encore une caractéristique mosellane à laquelle elle n’arrivait pas à se faire : le long couloir borgne en guise d’entrée. Elle n’avait jamais rien vu d’aussi sinistre. Marie-Thérèse lui fit signe de s’installer dans le salon. Louise s’assit, essayant de faire abstraction du papier peint vieillot et des fauteuils recouverts de velours vert feuille passablement élimé.

Sa vieille amie parut, chargée d’un lourd plateau. Louise se releva d’un bond pour l’en délester, et le posa sur la petite table basse. Les deux femmes s’installèrent face à face.

— Alors ? demanda Marie-Thérèse.

Louise soupira.

— Rien, toujours rien. C’est invraisemblable. Pourquoi toutes ces pistes ne mènent nulle part ? Vous avez une idée ?

Louise avait beau dédaigner le commissaire et Rémillon et leur façon de se prendre pour les Experts, elle aussi avait parfois l’impression de se trouver dans un roman policier. Sauf qu’elle était de la vieille école. Sa référence absolue, c’était Agatha Christie. De là à espérer trouver la Miss Marple du Saulnois dans la vieille dame assise en face d’elle, il n’y avait qu’un pas.

— Vous avez interrogé Jacquemain ? demanda Marie-Thérèse.

— Oui. Très agressif. Mais de toute façon, ça ne servait à rien. Le laboratoire m’avait confirmé juste avant l’interrogatoire que ce n’était pas son pesticide qui avait tué Crozon.

— Vous n’avez rien trouvé dans la vie de Crozon qui justifie ce meurtre ?

— Eh bien… Sa femme ne semble pas l’avoir tué. Son rival à la mairie non plus. J’ai bien enquêté sur le président du conseil de fabrique, mais il était absent de Marsal, ce fameux dimanche.

— Rien dans sa vie présente. Et son passé ?

— Euh… je ne crois pas qu’il y ait beaucoup à en dire. Il a passé toute une vie de notable respectable.

La vieille dame s’agita dans son fauteuil.

— Personne ne passe toute une vie sans faire d’écart. Croyez-moi.

— Que voulez-vous dire ? Vous savez quelque chose sur Jacques Crozon qui pourrait expliquer son meurtre ?

Marie-Thérèse fixa longuement Louise. Celle-ci finit par se sentir mal à l’aise. Pour se donner une contenance, elle tendit la main vers la théière en porcelaine et versa le thé. Elle n’avait pas fait attention jusqu’à présent au service à thé sorti par Marie-Thérèse. Connaissant son goût pour l’ordre et sa collection, elle s’étonna de voir les tasses dépareillées sur le plateau. L’une était décorée d’oiseaux bleus, assortis à la théière. La seconde était ornée d’un feuillage vert pomme.

Louise posa la théière et tendit la main vers la tasse verte, qui était la plus proche d’elle, mais Marie-Thérèse l’arrêta.

— Prenez l’autre tasse, je vous prie.

— Oh, bien sûr ! Pas de problème.

Les deux femmes burent en silence à petites gorgées. Louise vit le visage de Marie-Thérèse se crisper.

— Qu’y a-t-il ?

— Vous me demandiez si je connaissais un détail dans le passé de Jacques qui pourrait expliquer son meurtre.

— Oui…

— J’avais une nièce. Élodie. Très jolie fille.

— Euh… Crozon la connaissait ?

— Oh oui, fit Marie-Thérèse. Il la connaissait, comme vous dites. Très bien. Trop bien.

Louise reposa sa tasse, intriguée. Marie-Thérèse avait toujours parlé de Crozon d’une manière neutre jusqu’à présent.

— Il n’a pas voulu l’épouser, quand elle est tombée enceinte, et elle a dû quitter Marsal pour éviter le scandale. À l’époque, on n’acceptait pas ce genre d’accident.

— Je vois… dit Louise, pour dire quelque chose.

Que répondre à cela ?

— Elle a eu un fils. Elle l’a élevé avec les moyens du bord. Mais sans père… Il a mal tourné, bien sûr. Elle, elle l’aidait comme elle pouvait, et elle ne pouvait pas grand-chose, ma pauvre Élodie. Mais elle est morte il y a six mois. Cancer.

Louise avait l’impression qu’une grosse boule de tristesse s’était logée dans sa gorge. Elle but un peu de thé pour la faire passer.

— Et… Ce fils… Il est venu voir Crozon, n’est-ce pas ?

— Oui. Il a passé la nuit chez moi. J’aurais préféré éviter, car il me faisait peur. Mais il n’avait pas d’autre endroit où aller.

— Et… Il a tué Crozon ?

— Oh non !

Marie-Thérèse eut un semblant de sourire.

— Il n’en aurait pas eu la force. C’était un drogué, en manque depuis plusieurs jours. Crozon n’est resté que le temps de lui faire comprendre qu’il ne voulait plus jamais avoir affaire à lui.

— Je ne comprends pas… Ce n’est pas son fils qui l’a tué ?

— Non. Yoann est mort avant lui. Il a réussi à se procurer de la cocaïne, probablement à Vic-sur-Seille, où on l’a retrouvé sans vie. C’était deux jours après l’entrevue avec son père. La veille de la fête du village.

Louise fronça les sourcils. Elle avait peur de comprendre où Marie-Thérèse voulait en venir. Mais c’était trop incroyable…

— Voyant cela, j’ai demandé à Jacques de venir me voir, dimanche soir.

— Je l’ignorais. Personne ne m’en a parlé.

— Normal, puisque personne ne l’a su. Nos parcelles se touchent, les maisons ne sont séparées que par les jardins, à l’arrière. Je lui ai annoncé la mort de son fils. Il a dit qu’il était heureux d’être débarrassé de cette histoire.

Elle s’interrompit, et Louise vit des larmes briller dans ses yeux. Elle perçut à cet instant toute la haine qui animait la vieille dame à la pensée de cet homme sordide et lâche, qui avait ruiné la vie de sa propre chair.

Marie-Thérèse Lhuillier désigna la tasse qu’elle tenait entre ses mains.

— Vous avez dû remarquer que cette tasse n’est pas du même service que la vôtre.

— Oui…

— Elle provient d’un service qui n’a jamais été utilisé, car la peinture est à base d’arsenic.

Louise ouvrit de grands yeux. Tout devenait clair, brusquement. Le « pourquoi ? », le « quand ? », et maintenant le « comment ? ».

— Ce soir-là, je lui ai servi son thé dans cette même tasse.

— Mais… Vous allez mourir !

Marie-Thérèse lui sourit.

— Belle façon de clore le dossier et votre enquête, vous ne trouvez pas ?

Cette nouvelle a reçu le premier prix du concours "Enquête dans le Saulnois", organisé en 2013 par la Communauté de Communes du Saulnois.

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